Janvier et février, des mois clés pour les abeilles au Pays basque
En plein hiver apicole, le rucher semble endormi. Pourtant, à l’intérieur de la ruche, l’activité ne s’arrête jamais complètement. Janvier et février sont des mois décisifs pour les abeilles, en particulier au Pays basque, où la douceur du climat océanique peut autant favoriser les colonies… que les mettre en danger.
Comprendre ce qui se joue durant cette période est essentiel pour préserver la santé des abeilles et préparer une reprise printanière équilibrée.
La vie de la ruche en janvier : survivre avec sobriété
Janvier est l’un des mois les plus critiques pour les colonies d’abeilles. Les températures sont basses, les ressources florales inexistantes, et la survie repose entièrement sur les réserves accumulées à l’automne.
Les abeilles se regroupent alors en grappe hivernale, une structure compacte qui leur permet de conserver la chaleur. En contractant leurs muscles thoraciques, elles maintiennent une température proche de 35 °C au cœur de la grappe, même en plein froid.
Cette thermorégulation est efficace, mais très gourmande en énergie. Une colonie consomme en moyenne 1 kg de miel par mois, même sans couvain. Chaque réserve compte. La reine, protégée au centre de la grappe, reste le cœur vivant de la colonie.
Le rôle de l’apiculteur en hiver : observer sans perturber
En hiver, l’apiculteur n’ouvre pas la ruche : il observe et anticipe. Son rôle est discret mais fondamental :
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vérifier le poids des ruches pour détecter un risque de manque de nourriture,
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contrôler l’état du toit, de l’entrée et de la ventilation,
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surveiller l’humidité, principal ennemi des colonies hivernantes.
Sans rompre l’équilibre thermique, il doit repérer les signaux faibles : ruche trop légère, colonie affaiblie, risque sanitaire. Ce qui se joue en janvier conditionne directement la reprise de ponte, la qualité du couvain et la dynamique du printemps.
Hiver doux au Pays basque : un faux allié pour les abeilles
Le climat océanique du Pays basque apporte souvent des hivers plus doux que la moyenne nationale. Si cela semble favorable, c’est en réalité un piège fréquent.
Lors des périodes de douceur, la reine peut reprendre la ponte dès la fin janvier, voire plus tôt. La colonie paraît active, mais cette reprise précoce entraîne une forte consommation des réserves, alors qu’aucune floraison n’est encore disponible.
Les journées ensoleillées provoquent également des vols de propreté. Indispensables à l’hygiène de la ruche, ces sorties sont toutefois très coûteuses en énergie. Or, les abeilles d’hiver ne sont pas faites pour butiner. Une sollicitation excessive les épuise et fragilise la colonie avant le printemps.
Réserves de miel et risques de famine hivernale
Pendant l’hiver, la grappe se déplace lentement sur les cadres pour accéder au miel. Une mauvaise répartition des réserves ou une discontinuité entre les cadres peut provoquer une famine silencieuse, même dans une ruche encore lourde.
Les risques sont accentués par :
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des sorties hivernales trop fréquentes,
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l’humidité élevée, typique des zones océaniques,
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un stress thermique prolongé.
C’est l’un des principaux facteurs de pertes hivernales chez les abeilles.
Ruches basse consommation : un autre équilibre thermique
Les ruches basse consommation (RBC), mieux isolées et au volume optimisé, modifient le comportement hivernal des colonies. Grâce à une meilleure conservation de la chaleur, la grappe est moins compacte et la consommation de miel peut être réduite de 30 à 50 %, selon les conditions.
Ce confort thermique permet parfois une reprise de ponte plus précoce, avec une dépense énergétique moindre. Mais attention : une ponte trop anticipée peut épuiser les réserves avant les premières floraisons. Là encore, la vigilance de l’apiculteur reste essentielle.
Mortalité hivernale des abeilles : ce qui est normal… et ce qui ne l’est pas
Une certaine mortalité est normale en hiver. Entre 500 et 2 000 abeilles peuvent mourir chaque mois sans que cela soit alarmant. Les abeilles identifient les individus morts grâce à des signaux chimiques et les évacuent dès que les conditions le permettent.
Un tapis d’abeilles mortes sur le plancher n’est donc pas forcément inquiétant. En revanche, des abeilles mortes accrochées aux cadres ou une absence de nettoyage peuvent indiquer :
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une humidité excessive,
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une maladie,
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ou une colonie trop affaiblie.
Les vols de propreté, dès que le soleil réchauffe l’entrée de la ruche, participent activement à l’hygiène interne.
Février : les premiers signes de reprise dans la ruche
À partir de la mi-janvier, et surtout en février, l’augmentation progressive de la lumière agit comme un déclencheur biologique. La reine reprend la ponte, les nourrices recommencent à produire de la gelée royale, et la dynamique de la colonie évolue.
Au Pays basque, cette transition est souvent plus précoce qu’en zones continentales ou montagneuses. Cette spécificité locale est essentielle à prendre en compte : l’hiver est plus court, mais plus trompeur. Une colonie qui démarre trop tôt peut manquer de ressources avant les premières floraisons printanières.
Conclusion : un hiver bien géré pour une saison apicole réussie
Janvier et février sont des mois de tension silencieuse dans la ruche. Respecter le rythme naturel des abeilles, limiter les perturbations et anticiper sans précipitation sont les clés d’un hivernage réussi.
Un hiver bien accompagné, c’est un printemps plus serein, des colonies plus fortes et une saison apicole durable, au service des abeilles et du territoire basque 🌿🐝

